MONGOLIE | À la rencontre des Tsaatans, les derniers nomades éleveurs de rennes

5 jours d'immersion dans le quotidien d'une des plus petites minorités de la planète.

Voilà une aventure particulière.

Elle prend vie dans cette région sauvage au nord de la Mongolie, là où les conifères peuplent les montagnes, où le silence étourdit l’âme et les hivers sont si rudes qu’ils ont fait fuir les hommes. Presque tous les hommes. Car une tribu y vit encore et a un mode de vie unique au monde. Vous êtes prêts ? Nous vous emmenons pour 5 jours d’expédition en autonomie au cœur de la nature sauvage de la Mongolie, à la rencontre de ces nomades qui perpétuent une tradition oubliée, ceux que l’on est jamais sûrs de pouvoir trouver. Voilà une aventure particulière : enrichissante et surprenante, du genre à vous faire oublier tout ce que vous saviez.

CE QUE VOUS TROUVEREZ DANS CET ARTICLE
→ Le récit de notre aventure de 5 jours à la rencontre des Tsaatans : du trajet en Uaz dans les plaines enneigées jusqu’aux randonnées à cheval pour s’immiscer dans la forêt, des rencontres avec les familles jusqu’à l’immersion dans leur quotidien.
→ Un lien vers notre article pratique : « Comment rencontrer les Tsaatans ? Conseils & infos pratiques pour une expérience responsable » qui regroupe organisation, conseils, infos pratiques et coordonnées d’une guide indépendante afin que cette expérience s’inscrive dans le respect des hôtes et la durabilité.


TAÏGA, KHOVSGOL, TSAATAN ?
ON VOUS REPLONGE DANS LE CONTEXTE !

09 octobre 2018 – Cela fait plus d’une semaine que nous sommes expatriés à l’extrême nord de la Mongolie. Nous y réalisons notre premier Workaway, à savoir travailler pour une famille mongole en échange des repas et… d’une adorable yourte privative.

À ce propos, la dénomination « yourte » est utilisée seulement par les étrangers, l’appellation correcte est « ger » (prononcez « guir »), les locaux n’emploient que celle-ci.

Pour ce début du mois d’octobre les couleurs devraient être automnales mais un épais manteau blanc a fait son apparition et une étonnante vague de froid règne sur la région (-15°). C’est dans ces conditions exceptionnelles que nous nous apprêtons à quitter notre ger et son poêle brûlant pour nous aventurer encore un peu plus haut dans les terres, à la découverte de cette région montagneuse sauvage et enneigée peuplée des vastes forêts qui marquent la frontière de la Sibérie : la taïga.   

Là-bas vit une tribu nomade qui a développé un mode de vie unique au monde, si rude qu’ils ne sont plus qu’une petite poignée à le perpétuer. On en dénombre aujourd’hui une quarantaine sur toute la planète et ils sont tous ici. Ils survivent dans ces montagnes sous les toiles ou bâches de leur tipi qui font penser à ceux des indiens d’Amérique. Leur existence rudimentaire dépend exclusivement de la nature qui les entoure et des animaux particuliers qu’ils élèvent. On les appelle les Tsaatans : des familles solidaires et nomades extraordinaires, dernier peuple de la planète à perpétuer une tradition millénaire essence même de leur identité, l’élevage de rennes.

Mais assez parlé ! Notre van est déjà prêt. Il ne reste plus qu’à démarrer. Vous venez ?

Nous sur les rives du lac Khovsgol

JOUR 1 – LE DÉPART 

Le trajet est une aventure à part entière.

9h30 – Il est temps pour nous de faire nos adieux à la famille chez qui nous avons passé plus d’une semaine et de quitter la douce ville de Khatgal. Derniers sourires, derniers jeux avec les enfants, dernier regard le grand lac bleu glacé et ses petites maisons dont la neige laisse encore apparaître quelques murs colorés. Un van nous attend devant l’entrée et un petit homme au teint buriné est déjà entrain de charger nos affaires. Nous avons droit à un grand sourire et un « Sain-bain-uu! » enthousiaste (qui veut dire bonjour). Plus loin une jeune femme arrive d’un pas énergique. À cette distance son petit mètre 50 et ses deux couettes brunes sur le côté lui donnent à peine l’air d’avoir 16 ans. Elle en a en réalité 35 et est mère de deux enfants. Elle s’appelle Zaya et sera notre guide pendant ces 5 jours d’aventure.

Un chauffeur et un guide sont indispensables pour ce genre d’expédition. Eux seuls sont capables de s’orienter sur ces steppes qui ne comptent ni panneaux ni chemins (et encore vous ne tarderez pas à voir que même eux ont quelques difficultés). Mais surtout, seul votre guide sera capable de trouver les Tsaatans dans la montagne : ces familles nomades sont coupées du reste du monde et ne restent jamais au même endroit très longtemps, il est impossible de connaître seul leur emplacement.

10h00 – Le moteur vrombit et nos cœurs eux s’emballent : ça y est on part. Direction : cap vers le nord, loin au nord, pour atteindre les terres où plus aucun véhicule ne sera capable de circuler. Laissez-nous vous présenter celui qui nous y mènera : notre van, un fourgon fabriqué par l’empire soviétique dans les années 1965 dont l’usage était à l’origine militaire. On les appelle les Uaz. Ne vous fiez pas à leur apparence rudimentaire : ces engins sont indestructibles et passent partout où vous penserez que « ça ne passera jamais », du vécu en Russie

Départ pour l'expédition de 5 jours

Le programme de la journée est simple : pas moins de 9 heures et plus de 200km dans les plaines, les montagnes, la roche, la boue, la neige et les lits de rivières. Nous devrons atteindre avant la nuit le campement d’une famille nomade au beau milieu de nulle part afin qu’ils nous donnent nos montures et que le lendemain nous puissions continuer notre route à la rencontre des Tsaatans.

Pour l’heure, on file à travers les steppes sur un itinéraire digne d’un Paris-Dakkar. Rien ne semble perturber notre pilote Bor (à ce niveau là on peut utiliser le terme « pilote ») qui se faufile à travers bosses, pentes, trous et rie lorsque notre Uaz doit continuer d’avancer sur trois roues. On tente tant bien que mal de rester assis à l’arrière. Pour ça on se tient aux poignées qui ne tiennent pas et Zaya rit lorsque nos affaires bondissent pour venir faire la bise aux sièges avant, nous avec.

Yourte seule dans les plaines

Derrière les vitres, la Mongolie contraste avec l’agitation qui règne dans notre van. Imperturbable, calme et sage, elle nous offre ces tableaux empreint d’une profonde quiétude dont elle seule a le secret. Les steppes sont immenses et l’automne leur donne un joli teint doré. Il n’y a absolument rien nulle part, seulement des plaines et des forêts, parfois tachetées de blanc ou de noir selon la nature des troupeaux (moutons ou yaks). De temps en temps on aperçoit des yourtes isolées. Le ciel est clair, la neige s’est déjà installée sous les conifères, il fait froid dehors mais on ne peut pas s’empêcher de s’arrêter pour capturer quelques clichés :

Paysages sauvages Mongolie
Eleveur de moutons Mongolie

Il est bientôt midi

Notre Uaz avale les kilomètres et à l’horizon une yourte pas comme les autres se dessine : nous avons la chance de croiser une famille mongole en pleine construction de sa nouvelle habitation ! Le véhicule s’arrête, Zaya pétille d’enthousiasme et se tourne vers nous avec cette phrase improbable : « C’est ma cousine ! ».

On est tout excités à l’idée d’assister à ce mystérieux assemblage qui nous intrigue beaucoup depuis que l’on est arrivés ! Nous avons droit à une visite guidée de la demi-yourte et observons ce couple de nomades s’affairer. L’homme peint calmement, la femme déplie une épaisse toile de feutre soigneusement : c’est celle servira à isoler le toit.

Ne dérogeant pas à la coutume mongole, les activités s’arrêtent à la seconde où nous nous approchons et nous sommes expressément invités à prendre le thé à « l’intérieur ». La yourte n’est encore qu’un assemble de treillis de bois formant un cercle, mais peu importe : nous voilà tous à passer dans le petit encadrement qui marque la future porte puis à s’asseoir sur les quelques meubles et tapis disposés afin de recevoir du précieux élixir au lait.

Minute culture : saviez-vous, selon les croyances mongoles, qu’il faut toujours entrer du pied droit dans une yourte ? En fait il y a une infinité de règles à respecter dans une yourte, on vous prépare un petit top de celles auxquelles vous serez le plus confrontés.

Construction d'une yourte

On est invités à goûter aux friandises toutes faites à base de lait : biscuits, lait séché, fermenté… Zaya nous sert d’interprète. On dévore nos « cookies » fait maison et on pose tout un tas de questions. Saviez-vous qu’une heure de temps suffit pour construire une yourte ? La famille la démontera à nouveau dans deux mois : pour les nombreux nomades vivant encore de l’élevage en Mongolie, migrer est une obligation pour survivre aux différentes saisons, il n’est pas rare de devoir monter et démonter sa yourte au moins 4 fois chaque année.

Bon et sinon et techniquement, ça se construit comment une yourte ?
1ère étape : l’assemblage des 6 « khanas » de bois qui formeront la structure circulaire si caractéristique.
2e étape : on installe la structure centrale (une couronne soutenue de deux piliers, le tout en bois également).
3e étape : on fait reposer les nombreux bâtons (« hunnus« ) à la fois sur cette structure et les khanas : ils soutiendront la toiture, c’est à dire la toile de feutre pour l’isolation puis la toile imperméable en coton. Ils sont traditionnellement peints de 2 couleurs différentes.

Famille nomade en train de construire sa yourte

Pas de montres, pas de téléphone. Juste des échanges sur un tapis et maintenant une tête de mouton à grignoter (c’est un joli cadeau, ici). Le temps passe vite et après avoir gratté trois derniers petits morceaux de front Zaya nous fait comprendre avec toute la douceur qui la caractérise qu’il va falloir y aller. Nous revoilà partis avec notre tout terrain. Il ne faut pas trop traîner alors on trace à travers les collines dorées. La Mongolie est grandiose.

Eleveur dans les plaines

À bord, les discussions vont bon Uaz (Uaz / train, vous l’avez?). Zaya est la parfaite incarnation de la bienveillance mongole, avec ce brin de pudeur qui caractérise son peuple. Elle est aussi cette jeune femme entraînante, amoureuse à la fois de son métier et de son pays, dont les yeux pétillent lorsqu’on parle d’aventure. Nous lui posons des montagnes de questions et dehors la neige s’empare peu à peu de la steppe. Aux fenêtres le paysage change, des sommets apparaissent, on monte, on descend, le chemin devient de plus en plus glacé.

15 h 00 – Il commence à sérieusement faire froid dans le Uaz.

Pas de chauffage si ce n’est le moteur qui se situe entre les deux sièges avant, mais ce n’est pas suffisant face à la taille de notre véhicule et au froid qui s’est emparé de tout ce qui nous entoure. La neige est tombée quelques jours plus tôt et cela ne facilite pas la progression dans cette région déjà difficile. Zaya nous explique que les prochaines chutes de neige rendront la traversée de cette région impossible, nous sommes sa dernière expédition de l’année. 

« Là c’est sûr, on va pas passer ». Cette phrase sort bien une vingtaine de fois de notre bouche. On roule au travers de collines sérieusement enneigées ou passons à travers des lits de rivières complètement emplis de boue ou glacés mais les 4 roues motrices combinées au moteur soviétique et à l’habileté de notre conducteur font fureur. Bor roule au pas et aucune minute ne s’écoule sans qu’il actionne tout un tas de leviers. Chaque fois nous avons tord de nous inquiéter. Sauf une.

Chauffeur de notre van
Route enneigée
Van Mongolie
Paysage Taïga mongole

Vous la voyez, la moufle à outils ? Bor l’utilise à ce moment précis : nous sommes bloqués dans la neige après avoir dérapé sur une centaine de mètres, coincés dans notre boîte de métal incontrôlable glissant sur les pentes d’une colline trop abrupte. La glissade dure deux longues minutes puis le Uaz s’immobilise. Un petit quart d’heure dans la neige, deux coups de clé magique, et nous repartons. Plus de peur que de mal !

Il fait presque nuit

Nous n’avons jamais été aussi près du but, bientôt nous serons au chaud dans une authentique ger mongole. Mais après un coup de téléphone nous apprenons que notre famille nomade vient juste de migrer, ils n’ont ni carte ni position GPS à nous fournir, il est impossible pour de deviner leur nouvel emplacement.

Comment faisions-nous pour nous retrouver, sans nos portables, nos GPS, google et notre myriade d’applications ?

Nous sommes actuellement dans le dernier petit village avant la taïga et une des sœurs de la famille nomade prend l’initiative de quitter le campement familial pour nous venir nous retrouver et ensuite nous guider : une heure de trajet qu’elle devra faire aller-retour sur sa moto, filant dans la nuit et le froid glacial.

membre d'une famille nomade

20h30 – Nous arrivons à destination grâce à notre sauveuse à moto.

Les moteurs s’arrêtent, il fait nuit noire et nous se savons absolument pas où nous sommes. Tout près la lueur de braises s’échappant du conduit d’un poêle nous guide : on se précipite à l’intérieur de la ger. Celle qui a bravé neige et fleuves glacés pour nous conduire ici a les lèvres violettes mais elle rie et avec sa mère au coin du poêle, une tasse de thé au lait brûlant entre ses mains congelées.

Nous sommes accueillis comme des rois, l’hospitalité mongole est incroyable. On se hâte pour nous laisser les meilleures places et au bout d’une minute à l’intérieur nous avons nous aussi notre tasse de thé avec en plus des produits locaux tout autour de nous : le gros pain cuit le midi même et le beurre fait par la mère avec le lait fraîchement récolté. Sur le poêle incandescent, des litres de thé se préparent encore. Est-ce qu’on pouvait vraiment mieux espérer ?

Nous faisons connaissance avec l’ensemble de la famille et passons le reste de la soirée à apprécier les plaisirs simples qu’offre ce pays. Les femmes ne tardent pas à se lever et à mettre la petite table basse de côté pour étendre de grandes couvertures sur le sol : ce sont nos lits, ce soir on nous fait une place dans la ger familiale. A notre gauche : la mère; à droite : la fille; à nos pieds : notre chauffeur et sur nous : deux couettes plus nos duvets.

Nous sommes épuisés. Nos yeux se ferment et nous pensons à la journée de demain, lorsqu’à cheval nous nous immiscerons dans les forêts d’altitude, là où se cachent ces mystérieux habitants des tipis, ceux pour qui la vie entre2cornes n’a plus de secrets.

JOUR 2 – LA RENCONTRE

Il n’est pas de moments plus forts que ceux que l’on attendait pas

7H30 – Nous nous réveillons doucement avec une invitée suprise qui frappe à la porte de la ger. On ouvre, découvre son museau et la lumière du jour emplit l’intérieur. Elle nous dévoile ce que nos yeux n’avaient pas pu percevoir la veille dans la pénombre, soit la tonne de lait séché au dessus de nos têtes.

réveil dans une yourte

Vivre de son troupeau demande un rythme de vie ponctué par de nombreuses tâches tout au long de la journée. Après de nouvelles tartines de pain et de beurre nous décidons de suivre les femmes pour la traite et par l’occasion découvrir les paysages qui nous entourent.

La traite s’effectue tous les matins où chaque femme arrive à récolter plus d’une dizaine de litre de lait. Les petits sont mis dans un enclos à part puis relâchés un à un là où attendent les mères : ils foncent alors tête baissée vers celle qu’ils reconnaissent entre toutes et commencent sans tarder à têter. Les nomades les écartent alors, les attachent solidement (ça a de la force, un bébé yak qui a faim) puis commencent la traite.

traite matinale des Yaks

Et nous dans tout ça ? Il est 9h30, nous retrouvons notre Bor entrain de dégeler son bolide. Quelques minutes après, nous embarquons pour rejoindre le père et le frère qui gardent les chevaux dans un enclos à quelques kilomètres de là. Ce sera la première étape de la journée, une petite demi-heure tout au plus. Ça paraissait simple, mais voilà.

Nous roulons depuis presque une heure et cela fait 25 minutes que nous tournons en rond dans une plaine immense. A part les crêtes des montagnes au nord, l’endroit est si vaste que nous ne distinguons rien à l’horizon. Après les différentes hésitations de notre chauffeur et un arrêt de plusieurs minutes au milieu de nulle part, nous posons la question fatidique :
« – Zaya, are we lost ? »
Elle nous répond tout simplement de sa voix douce et posée, ponctuant sa phrase d’un sourire timide :
« – Yes. »

Vous nous voyez ? Un chauffeur, un guide et nous, perdus au fin fond d’un pays où le nombre d’habitant est estimé à 0,5 au kilomètre carré ?

Perdus en Mongolie
Are we lost? Yes.
Perdus dans les plaines de Mongolie

Nous ne pouvons nous empêcher de rire face à la situation et Zaya nous regarde sans comprendre pourquoi, en réalité elle est juste heureuse que l’on ne s’énerve pas. Finalement nous recevons l’aide d’un nomade passant par là et finissons par trouver notre fameux horse guide : il s’appelle Barna, et il est là près de son petit enclos au milieu de nulle part accompagné de ses 4 chevaux.

Il ne nous reste plus qu’à rassembler nos affaires, préparer nos montures et enfiler les tenues que nous ne quitterons plus de ces trois prochains jours.

Prêt pour monter à cheval

Nous portons des deels, ces tenues traditionnelles mongoles qui ressemblent à des immenses manteaux rembourrés, se croisant sur le devant pour s’attacher sur le côté. Ils nous été prêtés par la mère de famille, effrayée que l’on ai trop froid pendant notre périple. Autant dire qu’ils pèsent assez lourd, mais qu’il fait bon les porter en ce début glacé du mois d’octobre.

10h00 – Nos petits chevaux mongols partent au pas.

Saviez-vous que ces chevaux sont à demi sauvages ? Une première expérience digne de ce nom pour Maxime qui n’avait jamais auparavant posé ses fesses sur une selle. Nous voilà partis pour 4 heures de route, plongés au milieu de la taïga et chevauchant un cheval semi-sauvage à la recherche des tipis et de leurs habitants nomades perdus dans les montagnes.

Le saviez-vous ?
Comme tout peuple nomade les Tsaatans vivent aux rythme des saisons, ces derniers sont souvent amenés à changer d’habitation pour le bien de leur troupeau ainsi que leur survie dans ces rudes conditions. Impossible de savoir exactement où ils sont au moment où nous partons, seule Zaya connaît leurs habitudes et peut deviner l’emplacement probable de leur campement dans les montagnes. Nous lui faisons confiance aveuglément.

Cheval en Mongolie

Nous nous enfonçons dans une nature vierge de toute intervention de l’homme. Le sentiment d’aventure et d’évasion grandit au rythme de nos chevaux, tantôt au pas tantôt au trot. Plaines, rivières, forêts… Nous traversons des paysages d’une richesse unique et nos yeux ne sont pas assez grands pour apprécier l’immensité du décor. L’air est frais et le silence étourdissant. C’est comme si une immense quiétude imprégnait les montagnes.

14h00 – Courte pause.

Nos fessiers nous remercient (le légendaire confort des selles mongoles). On s’allonge au soleil dans les herbes hautes, on ferme les yeux quelques minutes, on parle un peu. Puis on se remet en selle : la journée est déjà bien avancée et d’ici deux heures la nuit commencera à envelopper la forêt. C’est au galop que se fait la reprise, avec en point de mire les monts enneigés que nous devons atteindre avec la tombée du jour.

A la recherche des Tsaatans
Petites pauses avec nos guides mongoles

15h30 – Nous sommes partis depuis plus de 5 heures.

Les bois sont profondément calmes et on se faufile entre les arbres alors que la forêt devient de plus en plus dense. Au milieu des grands conifères le temps semble suspendu et il règne un étrange silence. Voilà plusieurs minutes que le seul fond sonore est le pas de nos montures qui foulent le sol couvert d’épines orangées quand tout à coup… Un tipi se dessine dans la plaine.

Tipi Tsaatan

Ils sont là où on ne les attendait pas. Au milieu du silence, là où rien ne laissait présager la présence de quelque population que ce soit.

On découvre dans ce bois épais une plaine, trois tipis et une vingtaine de rennes, comme un mirage dans la montagne, une vision fantastique à laquelle on ne se préparait pas. Au milieu de tout ça, un petit homme nous observe calmement.

Homme tsaatan devant son tipi

Le pelage blanc des bêtes se détache des sols brûlés de la taïga. Les rennes sont ce genre d’animaux qui appartiennent au monde des contes pour enfants, les voir évoluer dans leur milieu naturel, ce pays où on ne les attendait pas, est… déboussolant.

On nous avait dit qu’une poignée d’hommes vivait avec eux dans les montagnes, mais tant qu’on ne les as pas vus… Cette réalité s’apparente davantage à une légende. Désormais cela prend vie devant nos yeux ébahis, et c’est comme ci dans l’air il y avait un peu de magie.

Rennes Mongolie

À peine le temps de réaliser que nous sommes déjà invités par nos hôtes Enkhtaivan, Odongoo et Uurttsaikh à venir partager un moment sous le tipi. Ils vivent ensemble tous les trois depuis des années. Leur femme et leurs enfants habitent le village le plus proche (un jour de trajet) et leur rendent visite de temps à autres afin de se préserver de ces conditions de vie malaisées.

Du pain maison, du thé au lait (de rennes !), une cabane dont chaque enfant a toujours rêvé et devant nous les membres d’une des tribus les plus reculées du pays, difficile de davantage combler nos envies…!

Vie dans un tipi
tribu tsaatan

Ce trio Tsaatan vit exclusivement de son troupeau. Les rennes leurs procurent lait, fromage, plus rarement de la viande et leurs servent même de moyen de transport. Ils confectionnent leurs vêtements avec leurs fourrures, utilisent leurs excréments comme combustible, sculptent des outils avec les cornes ou s’en servent de monnaie d’échange. Le lait et le pain constituent leur seule alimentation. Ils n’ont ni petit-déjeuner ou déjeuner, ils ne prennent qu’un seul vrai repas par jour : le soir, où ils mangeront éventuellement un peu de viande.

17h30 – Le soleil commence à être bas et avec lui la température aussi.

Cette nuit il fera -15° alors chacun sort de sont tipi et tout le monde s’attelle à couper du bois. Ils en coupent trois fois plus pour nous que pour eux. Après les avoir aidés, on profite des derniers rayons pour apprécier encore un peu l’ambiance qui règne dans la clairière. Le soleil livre ses derniers efforts mais il commence à vraiment faire froid, on ne tarde pas à vite se réchauffer au coin du feu. L’heure du dîner approche et nos hôtes ne se doutent pas que l’on a une surprise pour eux !

Paysage nord de la Mongolie
Fin de la journée avec les tsaatans

Ce soir sous le tipi un met très spécial s’invitera, devinez qui nous avons gardé précieusement depuis notre départ de France ?

Repas du soir avec les tsaatan

Le seul, le vrai, l’inimitable : le saucisson artisanal. Et vous savez quoi ? Ils adorent ça ! Autour du poêle les discussions s’enchaînent. Les trois Tsaatans semblent heureux de voir de nouveaux visages et s’intéressent à nous, notre aventure, notre pays et bien plus encore. Nous en apprenons un peu plus de leur quotidien, leur vie, leur famille… La difficulté du dialogue est comblée par des gestes simples et une dose de bonne humeur qui réchauffe encore plus l’atmosphère. Ils aiment notre langue et nous demandent de chanter une chanson. Voilà comment on se retrouve à chanter du Cabrel dans la nuit, sous un tipi perdu avec la dernière ethnie du nord de la Mongolie.

21h00 – Il est temps de rejoindre le tipi qu’ils ont assemblé à notre intention.

Nous le partageons avec Barnaa, Zaya et… un poêle brûlant pouvant vaincre n’importe quelle température ! C’est tant mieux, car d’après Zaya cette nuit va être la plus froide de la saison, il faudra s’armer en conséquence.

Pour cela nous pouvons compter sur notre fidèle horse guide qui en plus d’être un guide d’exception se révèle être un homme à la bonté immense. Une fois dans nos duvets, il s’empresse de nous border sous une montagne de couettes et malgré nos protestations, promet de veiller toute la nuit sur le feu afin que nous n’ayons jamais froid.

Guide mongole barna chez les tsaatans
Barnaa au pied de notre montagne de couettes veillant sur nous dans la nuit.

JOUR 3 – L’EXPÉRIENCE 

On nous apprend qu’apprendre c’est retenir, on oublie de dire que parfois c’est aussi oublier.

7h00 – Le jour se lève sur la Taïga. Les rennes sont debout et c’est déjà l’heure de la traite. La plaine est comme encore endormie, si silencieuse que l’on entend seulement le bruit des petites quantités de lait qui emplissent le seau métallique. Puis doucement… Les premiers rayons font leur apparition et laissent presque oublier les 0° qui glacent l’atmosphère. On se balade au milieu du troupeau et de la plaine qui s’éveille.

Traite des rennes au matin
vue dans le tipi au réveil

Retour à l’intérieur. Un bol chaud dans les mains, on profite encore un peu de la vue matinale. Il est temps de répondre à notre invitation : direction le petit-déjeuner.

Habituellement les Tsaatans ne déjeunent pas, mais heureux d’avoir des invités nous sommes attendus de pied ferme pour le thé au lait ! Ce qu’ils ne savent pas c’est que l’on apporte une nouvelle surprise : de la pâte à tartiner. Nous savons que c’est un produit auquel ils n’ont pas habituellement accès, alors pour la première fois sous le tipi le pain moelleux se marie avec la noisette.

petit déjeuner avec les tsaatan

Le petit-déjeuner se prolonge. Ces hommes ont l’air définitivement heureux (et curieux) de recevoir des invités. Ils nous montrent les animaux qu’ils sculptent dans les cornes de leurs rennes. Lorsqu’ils vont en ville, ils vendent ces petites sculptures sur les marchés. Ils rient en essayant de nous apprendre à parler leur langage.

On les laisse pour qu’ils puissent s’occuper de leurs tâches quotidiennes, pour nous, ce sera l’occasion d’une (très courte) toilette à l’eau de la rivière. Nous nous rappellerons certainement toute notre vie de ce moment : pas à cause de l’eau glacée de la rivière, mais à cause de la réaction de cet homme lorsqu’il aperçoit notre miroir de poche, excité comme un enfant le jour de Noël.

Les Tsaatans vivent seulement avec ce qui les entoure, et un miroir n’est pas le genre de chose que l’on trouve dans la nature. Il nous fait signe de nous l’emprunter et nous lui donnons volontiers sans encore comprendre son excitation. Il le portera expressément près de son visage et à son regard nous comprenons : pour la 1ère fois cet homme peut voir les cicatrices qui marquent son visage. Ses gestes sont à présent très lents, il passe de longues minutes à s’examiner mais le temps ne s’écoule plus, en réalité tout semble s’être suspendu autour de ce regard que nous nous n’oublierons jamais, empreint d’une émotion palpable : celle de quelqu’un qui découvre à quoi il ressemble…

Portrait homme tsaatan

Enkhtaivan nous expliquera, à grand renfort de mimes, qu’il s’est fait ces cicatrices en tombant à moto il y a plusieurs mois : alors qu’il dévalait la montagne son véhicule a glissé, la chute a été assez rude et n’a été arrêtée que par un arbre, qu’il s’est pris en plein visage. Mais il rit en nous racontant cette histoire. C’est un des derniers moments que nous avons passés avec lui.

Pour nous il est déjà temps de dire au-revoir à ces premiers nomades et de laisser un dernier petit cadeau : le ruban qui symbolise notre lutte contre la maladie de Charcot et l’association pour laquelle nous collectons des dons. Zaya leur explique notre combat, leur parle du décès de ma maman et de nos défis sportifs pour faire parler de cette maladie méconnue. Touchés par notre cause ces hommes ont accroché nos rubans dans leur tipi, un l’a épinglé près de son coeur. Si vous vous y rendez, vous les verrez peut-être.

Ruban ARSLA dans un tipi mongole
Un homme de la tribu Tsaatan

L’heure des adieux est bien là et avec celle des dernières photos. Quel plaisir de voir ces trois hommes se prêter au jeu avec enthousiasme, prendre une pose des plus sérieuses pour ensuite se hâter près de nous derrière l’objectif et rire de leur apparence qu’ils n’ont quasiment jamais l’occasion d’observer. Nous leur promettons qu’un jour d’une façon ou d’une autre nous leur feront parvenir ces clichés.

Portrait famille tsaatan hommes
derniers moments avec la famille

10h30 – Nous enfourchons nos montures.

Aujourd’hui nous poursuivons notre progression et allons à la recherche d’une nouvelle famille qui vit plus haut dans les montagnes. Nous sommes actuellement à 1 400m d’altitude et nous monterons à 2 000m, si tout se passe comme prévu nous ne chevaucherons pas plus de 2 heures.

Le temps défile et on ne cesse de grimper et on s’enfonce maintenant dans la neige. Nos yeux sont à l’affût du moindre tipi mais n’étaient quand même pas prêts à tomber sur ça :

enfant sur un renne en mongolie

Un enfant, monté sur un renne sortant de nulle part en plein milieu de la taïga. On nous demande de calmer les chevaux mais à ce moment là nous sommes sûrement aussi excités qu’eux.

Ce petit bonhomme haut comme 5 pommes est le cadet de la famille que nous cherchons, parti rassembler le troupeau il a deviné notre présence et est venu à notre rencontre, c’est désormais lui qui nous montre le chemin. Après 20 petites minutes… Nous découvrons un nouveau campement et les chiens gardiens des lieux viennent nous saluer joyeusement !

arrivée dans une seconde famille tsaatan

Notre nouvelle famille habite au cœur d’une jolie place boisée. Le troupeau est parti dans les hauteurs ce qui nous laisse le temps de pleinement faire connaissance autour d’un… (vous le savez maintenant) thé au lait. Bambaga, Lhagvaasuren et leur 2 enfants le jeune Tsahiur et la petite Namuundari viennent d’arriver il y a tout juste 2 jours, le froid se faisant trop pesant sur leur précédant bivouac.

Nous profitons de la chaleur des rayons du soleil pour nous familiariser avec ce nouveau lieu. Le tipi et leurs installations sont plus évolués que celles du précédent campement, dû à la présence des enfant. La plus jeune du groupe nous montre les petits trésors violets dont le sol est empli et s’en donne à cœur joie : nous passons un moment avec elle assis dans les buissons de myrtilles.

pain maison chez les tsaatan
accueil de la famille tsaatan
moment de plaisir avec une petite tsaatan

Soudain, un bruit résonne dans la vallée. Aucun doute possible pour nos instincts de nomades, un troupeau est en approche. Et nous avions raison ! Ce sont d’autres Tsaatans, un jeune couple d’amis de la famille qui vient les rejoindre. Sous nos yeux encore une fois ébahis, nous assistons à l’arrivée d’une quarantaine de rennes et à la construction d’un véritable tipi

Montage d'un tipi

Une fois l’installation du nouveau tipi terminée nous regagnons le camp principal où après avoir bien gambadé, chaque renne est soigneusement attaché. On observe la scène au soleil, entre2jeux avec la jeune Namuundari et de généreuses caresses aux chiens qui sont peut être les plus heureux d’avoir autant de nouvelles mains.

14h00 – Nous avons droit à une surprise.

Toujours allongés au soleil entre chiens et rennes, on nous demande avec timidité de nous lever : devant nous se tient le plus grand des rennes et il est… sellé ! Beaucoup plus petits que des chevaux, on a peur d’être trop lourds pour leur monter sur le dos et de leur faire mal. Les Tsaatans nous rassurent en nous disant que ces animaux sont certes moins endurants mais peuvent sans problème transporter des charges allant jusqu’à 85kg (pour nous, ça passera large!).

L’animal est sublime. On se laisse doucement porter dans la taïga au rythme de ses pas. Barnaa nous suit de près veillant à ce que rien ne vienne menacer notre sécurité, mais le renne est profondément paisible malgré la puissance de ses muscles que nous sentons sous nos mollets bien serrés. Jamais un jour nous ne nous serions imaginés chevauchant cet animal dans un tel endroit !

Première fois pour nous sur le dos d'un renne

15h00 – La courte balade est terminée et nous laissons les animaux se reposer.

On en profite pour aller à la rencontre des Tsaatans et observons leurs activités quotidiennes.

Vivre exclusivement des ressources qui les entourent demande du travail : les Tsaatans sont occupés tout au long de la journée. les premières heures de la matinée sont consacrées à la traite. Il faut ensuite nourrir le troupeau puis le libérer et veiller sur eux dans les montagnes. Les femmes s’occupent de laver le linge avec l’eau de la rivière puis vient le temps de la préparation du beurre, du pain quotidien et autres produits à base de lait de renne. L’après-midi est consacrée à la coupe du bois pour se chauffer (le poêle brûle continuellement sous le tipi, pour cuire ou fournir de la chaleur), les hommes affûtent les outils qu’ils ont fabriqués ou sèchent et pèlent les fourrures avec lesquelles ils se feront des vêtements et chaussures chaudes pour l’hiver.

instants de vie chez les tsaatan
moments de vie chez les tsaatan

16h15 – La nuit tombe rapidement dans la vallée.

Mais hors de question de quitter cet endroit sans faire honneur à nos hôtes. Ce soir, c’est décidé, on s’occupe du dessert : ce sera confiture de myrtille pour étaler sur les tartines ! À l’intérieur du tipi Zaya est entrain de préparer le dîner (elle s’acharne avec sa hache sur un cou de mouton qu’elle n’arrive pas à couper pour le bouillon), on lui explique avec enthousiasme qu’on compte faire une récolte de myrtille pour ensuite en faire une confiture. Elle salue l’initiative d’un fataliste «  bonne chance » après nous avoir sagement écoutés. Peu importe, on part plus confiants que jamais chacun armés de nos tasses quechua en inox à qui on trouve une nouvelle utilité.

30 minutes plus tard – On a surestimé nos capacités. Les myrtilles sont certes nombreuses mais minuscules ! Après une demi-heure de récolte nos tasses respectives ne sont remplies que de moitié. Pas besoin d’être de grands cuisiniers pour savoir que ça ne sera pas suffisant pour notre confiture.

17h00 – Après s’être battus.

Il fait presque nuit et après s’être battus parce que j’avais piqué les myrtilles de la tasse à Maxime afin que la mienne se remplisse plus vite, nous nous rendons compte que nous avons plus de ces petits fruits violets sur nos mains et notre visage que dans nos récipients. Zaya se moque de nous et veut immortaliser le moment. 

cueillette de myrtilles sauvages
récolte des myrtilles

Mais peu importe, à table ! Le poêle brûle comme jamais dans le tipi principal, on s’y refugie tous. Ce soir ce sera soupe mongole (du riz et du cou de mouton cuits dans l’eau) mais également l’occasion de puiser dans nos dernières réserves de saucisson pour partager un nouveau moment avec nos hôtes. Encore une fois, la bonne humeur est au rendez-vous et c’est avec joie que la famille accepte notre cadeau, mieux encore ils utilisent le pain frais quotidien pour réaliser de véritables… tapas franco-mongoles ! Feu d’artifice pour nos papilles qui depuis longtemps rêvaient de cette divine association pain / saucisson.

Concernant notre confiture maison… nous sommes heureux de vous annoncer qu’elle se porte bien ! Nous avons réussi à cuire les myrtilles au feu de bois et cela fait son effet, surtout pour une petite nomade, on vous laisse deviner laquelle.

préparation dîner avec notre guide
moment avec la famille tsaatan

C’est l’heure de dormir

Sous l’œil protecteur de Barna nous partons nous emmitoufler sous nos 459 couettes. Zaya dort également avec nous et nous apprend à souhaiter bonne nuit en mongol. On lui demande une chanson pour s’endormir. C’est la fin d’une étonnante journée, on rêve à ce que demain nous réserve…

nouvelle nuit dans nos duvets sous moins quinze degré

JOUR 4 – LES au-revoir

Il y a des endroits que l’on ne quitte jamais vraiment.

7h30 – Le soleil perce à travers la forêt et vient réchauffer les tipis, c’est l’heure de se lever ! Nous en profitons pour aller dans la clairière admirer les premiers rayons puis surtout… dire bonjour aux rennes.

Réveil tipi chez les tsaatans
Renne mongolie

Trois jours n’y font rien, nous sommes toujours en admiration devant ces animaux. Cette impression d’être en plein rêve éveillé ne nous quitte jamais… Le soleil se faufile parmi les sapins et vient caresser les cornes des animaux apaisés. Nous sommes seuls avec eux, entourés de toute part. Le chant des oiseaux au cœur du silence finit d’ajouter à la scène une dose de féerie. On joue avec les rennes qui aiment balancer leurs cornes entre nos mains.

Entre deux arbres, la mère de famille arrive doucement : c’est l’heure de la traite et aujourd’hui nous nous attelons nous aussi à la tâche.

Participation à la traite des rennes

8h00 – Une grosse journée de cheval sera nécessaire pour rejoindre la « civilisation ».

Il va bientôt être temps de préparer sacs et montures. Mais avant ça, breakfast time. Certains sont heureux qu’il nous reste encore un peu de pâte à tartiner.

petit déjeuner avec les tsaatan

Nous faisons nos adieux à la famille. On essaie de s’armer de nos plus beaux sourires pour les clichés mais les au-revoir sont difficiles. Nous exprimons notre gratitude avec des mots et des gestes simples.

C’est dans ce genre de moment qu’on se rend compte que nous n’avons pas besoin de parler le même langage pour se faire comprendre, les émotions suffisent.

dernières photos avec la famille

10h – Les chevaux sont excités de rentrer et galopent facilement.

La journée sera longue, on profite de leur enthousiasme pour filer à travers le vent. Assez vite la forêt s’écarte pour laisser à nouveau place aux steppes et le relief s’adoucit. Nous ne tardons pas à être à plusieurs kilomètres de distance mais rien n’y fait… Notre esprit reste avec les Tsaatans dans les montagnes.

Les heures de chevauchée aideront à se préparer mentalement à notre retour. Il est dur de se séparer de cette mauvaise habitude : tour à tour se projeter dans le futur ou alors ressasser le passé. Il n’y a pas meilleur moyen de louper le présent. Alors on met nos pensées à part et on profite de chaque kilomètre à travers les steppes, jusqu’à s’enivrer de cette sensation de liberté.

Nos chevaux galopent. Barnaa et Zaya ne sont jamais loin et on voit leurs instincts protecteurs s’éveiller chaque moment où ils nous voient partir à toute allure sur nos montures à demi sauvages. Cependant, si on omet le passage où Maxime a tenté d’ouvrir un paquet de gaufrettes alors que son cheval trottait, on peut dire que nous nous en sommes plutôt très bien sortis, aucun incident à déclarer ! Il faut croire qu’on est plutôt bons cavaliers.

Retour à cheval

15h30 – Le temps a filé aussi vite qu’un cheval effrayé par un paquet de gaufrettes à travers les steppes.

C’est déjà le milieu de l’après-midi et au loin nous apercevons le petit enclos qu’à l’allée nous avions mis tant de temps à trouver. Cette fois-ci notre brave chauffeur semble s’être souvenu du chemin car à côté des barrières la silhouette du Uaz se détache. Il ne tarde pas lui aussi à apercevoir notre petit convoi et nous fait de grands signes, heureux de nous voir tous les quatre après trois jours d’attente. On pique un dernier galop et on fait la course jusqu’à lui. Il rit et nous adresse de grands pouces levés « Good riders, very good riders !!« .

Notre équipement est à nouveau chargé dans le van, on donne de dernières caresses à nos montures et remercie chaleureusement Barnaa. Cet homme simple et discret a largement dépassé ses compétences de « horse guide » tout au long de l’aventure. Sa gentillesse n’a eu d’égal que sa serviabilité, n’hésitant pas à se lever toutes les heures afin de garder un feu allumé afin de nous protéger de la nuit glacée. Il est déboussolant d’être l’objet d’une telle bienveillance et générosité de la part d’une personne que nous n’avions jamais auparavant rencontrée. S’il y a bien une chose que nous garderons dans notre esprit, c’est l’incroyable sourire de cet homme au cœur aussi grand que son pays.

Comme si nous avions toujours vécu ici, nous retrouvons la famille qui nous avait accueillis la première nuit. Tout le monde s’affaire autour de l’immense troupeau afin de ramener les bêtes à leur enclos, on participe avec eux à rassembler les petites chèvres.

A l’intérieur de la yourte, le pain frais et beurre maison prennent une tout autre dimension, nous sommes affamés après cette longue journée de chevauchée. On engloutit bien 4 thés au lait et au moins autant de grosses tartines, nos hôtes se réjouissent de notre appétit. C’est ainsi qu’on finit par avoir l’estomac plein mais le cœur un peu serré… Nous savons que ceci est une de nos dernières soirées en Mongolie. La journée touche à sa fin, nous sortons observer les lumières abandonner la steppe. Au loin, les traces de la moto de Barnaa flottent doucement dans les airs.

Couché de soleil sur les plaines de Mongolie

Ce tableau figé nous tient quelques instants en silence, puis une petite voix excitée parvient à se faire une place dans l’immensité de la plaine : Zaya a une surprise pour nous. À notre retour dans la yourte on découvre un véritable festin que la famille et elle nous ont préparé : des dizaines et des dizaines de khuushuur !!

Kouchourre ??
Prononcez « rouchour » ! Cette spécialité mongole s’apparente à des petit pains de pâte maison fourrée de viande de mouton et d’oignons, elle demande du temps pour la préparation c’est pourquoi ce met est souvent associé aux repas de fête et grandes occasions. Un plat incontournable si vous passez en Mongolie ! C’est notre spécialité préférée !

Nous avons à peu près la tête d’enfants découvrant leurs cadeaux de Noël. Nous remercions chaleureusement la famille et Zaya pour cette attention, qui tout bien réfléchi a peut-être à voir avec le fait que Maxime ait :

  • 1 : parlé 975 de fois khuushuurs pendant quatre jours et
  • 2 : donné ce nom à son cheval.

Tout juste dorés dans la graisse (de mouton bien-sûr), les khuushuurs s’associent à la perfection au thé au lait brûlant et on en dévore des dizaines ce soir-là.

Repas de roi avec une famille nomade mongole

20h30 – On s’était réveillés dans un tipi à 2 000m d’altitude entourés de rennes et…

…On s’endort dans une yourte au milieu des steppes entourés de yaks et khuushuurs. On écarte à nouveau la table, on étale à nouveau les couettes et on s’endort avec des rêves plein la tête. Ils sont remplis de rennes et ils galopent tous sur un champs de khuushuurs.

JOUR 5 – RETOUR À LA RÉALITÉ

La route est belle, mais les chemins se séparent.

7h00 – Les vapeurs de thé au lait viennent chatouiller nos narines. La mère de famille est déjà debout et Zaya aussi, ce matin on ne tarde pas à se préparer nous avons une longue, longue journée de trajet. Nous devrons rouler jusqu’au soir pour atteindre la ville la plus proche et ensuite prendre un bus de nuit pendant 15h pour rejoindre la capitale, Oulan Bator. Quasiment deux jours de transports pour quitter le pays quelques jours plus tard.

Le froid nocturne a gelé notre véhicule et le Uaz fait un peu la tête, mais pendant que nous passons du temps près des troupeaux notre chauffeur le bichonne et (malheureusement) on peut partir.

dernier jour Mongolie
Réveil glacé dans les plaines de Mongolie

9h00 – On grimpe sur les banquettes. Le Uaz démarre.

Sur la route même les yaks ont essayé de nous retenir, mais rien n’y fait. Les kilomètres défilent et on se prépare à dire au-revoir aux immenses forêts, aux yaks, au chèvres, aux steppes colorées, à nos guide et conducteur préférés et à tous ces petits moments qui vont nous manquer.

route taïga mongole

La fin de l’aventure est digne de ces films d’amour mélo-dramatiques. Vous savez, ceux où les adieux se font sur les quais d’une gare (routière) et où après tant de beaux moments partagés les protagonistes se séparent car leurs chemins emprunteront désormais des directions différentes ? Zaya restera en Mongolie auprès de sa famille et continuera à emmener des étrangers à la découverte de son magnifique pays. Nous, nous poursuivrons notre route pour continuer à découvrir le monde et les gens qui le peuplent.


POUR CONCLURE

Si nous devions poser un mot sur toute cette aventure ce serait « simplicité« .
> La simplicité de cet étonnant mode de vie, mais surtout la simplicité de ces gens : authentiques, vrais, qui se contentent de peu pour être heureux, donnent alors qu’ils n’ont quasiment rien, qui se regardent une fois par vie dans un miroir, qui rient d’eux-mêmes, qui sont curieux des autres avant de se préoccuper de soi.
> Et enfin, la simplicité des moments : à partager un bol d’eau chaude et riz sous un tipi à la lumière des flammes, à rire après une bataille de myrtille, à chanter des chansons autour du poêle, à déguster du pain comme un plat de fête, à caresser les chiens sous la douce chaleur des rayons du soleil, à traire les rennes dans le silence glacé du matin, puis à se réchauffer avec le thé au lait que nous pouvons boire car nous venons de le récolter, à apprécier notre dîner assis par terre car c’est le seul repas de notre journée… Les moments ne sont jamais aussi puissants que lorsqu’ils sont dénués d’ornements.


Merci d’avoir voyagé avec nous à travers ce récit d’aventures.

Si vous souhaitez connaître les détails de notre organisation, avoir des conseils pour réaliser ce genre d’expériences ou êtes à la recherches d’infos pratiques, notre article « Comment rencontrer les Tsaatans ? Conseils & infos pratiques pour une expérience responsable » pourra vous intéresser.

Vous avez aimé passer ce moment avec nous ? Faites-nous part de vos remarques et questions en commentaire, nous répondons toujours.

15 COMMENTS

  1. Salut !
    Je suis tombée un peu par hasard (enfin, plutôt à grand renfort de procrastination Haha) sur votre compte Instagram… En général, c’est bête mais je fais l’impasse sur les « gros comptes » comme le vôtre avec plusieurs dizaines de milliers d’abonnés, parce que j’ai l’impression que c’est plus difficile d’échanger avec les personnes derrière ces comptes (idée reçue ?).
    Mais bon, votre nom « Entre 2 pôles » m’a bien plu, les photos étaient belles, j’ai eu envie de cliquer.
    Et voilà que je tombe sur cet article tout simplement DINGUE (Bon du coup, j’ai eu une excuse encore plus valable pour procrastiner !)

    Comment vous dire à quel point j’ai été touchée par votre périple à travers la Taïga. J’ai pu imaginer, effleurer presque, par delà l’écran, l’émotion suscitée par ces rencontres simples, fugaces, et tellement incroyables. Ces moments de partage avec les nomades, ces instants, ces détails. La cavalcade dans les steppes et les forêts Mongoles, le trajet dans l’UAZ, les nuits en yourtes et en tipi. Tout une aventure et de magnifiques images qui façonnent un récit prenant, passionnant. Le genre de récit qu’on aimerait lire sur papier, sincèrement. Bref, un gros coup de cœur pour cette inoubliable parenthèse avec les nomades mongols.

    Sur ce, Merci et bon voyage ♥

    • Julie, nous avons déjà pu échanger sur Instagram à ce sujet, mais on te remercie encore une fois du fond du coeur pour ce retour. Lorsqu’on s’investit à fond dans quelque chose ça fait tellement plaisir de voir que d’autres personnes l’apprécient et soient touchées par nos mots.
      Nous avons aujourd’hui des milliers d’abonnés oui, mais ce n’est pas pour ça que nos intentions (et personnalités) ont changées ! On fait ça par passion du partage et du voyage, alors pouvoir échanger avec ceux qui nous suivent reste une priorité, et on espère le faire encore longtemps ! 🙂

    • Merci beaucoup ! 🙂 Cette histoire nous tenait à coeur… C’est une des expériences qui nous a le plus marqué du voyage jusqu’à présent !

  2. Vos photos sont magnifiques, et encore plus sur un écran d’ordi que depuis instagram. Dans les portraits, on ressent bien la confiance que vous avez noué avec les locaux, et combien ces aventures que vous écrivez à merveille sont enrichissantes !
    J’y vois des parallèles avec mes 15j entre Gobi et Orkhon, d’abord la complicité avec les guides et chauffeurs. Comment les avez vous contacté / choisi ? Nous au pif et on est très bien tombé, mais je me dis que c’est peut être pas toujours le cas …
    Le puis le contact avec les nomades … ceux qu’on a vu sont habitués à héberger des touristes, peut être que les Tsaatans aussi, mais pourtant on se sent comme des invités, pas des locataires d’un soir. Et le partage, les sourires sont tellement sincères, c’est très touchant, et on le sent bien dans votre retranscription.
    Continuez comme ça !

    • Heureux de lire ça ! 🙂 Il y a plein de choses que nous avons partagées sur Instagram et que nous n’avons pas encore partagé ici… Mais on y travaille, petit à petit (ça prend du temps de tenir un blog, et c’est encore plus compliqué quand on voyage H24… 😉 ). On sait que ce sera plus agréable de lire et regarder les photos ici que sur des stories par exemple !
      Pour notre guide, pas de hasard cette fois-ci ! Au cours de nos recherche on a eu la chance de tomber sur un compte instagram (lemon_pepper) qui nous a conseillé Zaya 🙂 Le contact est de suite passé !
      Et ce qu’on a adoré avec les Tsaatans, c’est justement le fait qu’on ait ressenti qu’ils n’étaient pas habitués à voir des étrangers (surtout pour les 3 premiers nomades). Leurs regards, leur curiosité surtout, s’apprendre mutuellement des mots / des choses… C’était génial ! Tu avais également aimé ton trip Gobi / Orkhon ?
      Merci pour ton commentaire en tout cas, ça nous touche beaucoup !

  3. Hello !
    Après avoir parcours votre Insta j’étais encore assoiffée de voyage alors j’ai cliquer sur le lien du site et WHAOU !!
    Non seulement vous faites un travail magnifique, mais vous raconter votre périple avec tellement de passion, d’emerveilleuement qu’on ne peut s’empêcher de tout dévorer !
    Franchement merci de faire ça, moi qui ne suis pas habitué à voyager j’ai l’impression de la faire de chez moi et de découvrir des choses auxquelles je n’aurai jamais prêté attention !
    Un grand bravo pour votre travail et votre passion !
    Je ne peux que vous souhaiter de continuer votre périple aussi longtemps que vous le souhaitez et au plaisir de continuer à voyager avec vous !

    • Hey Audrey
      Merci pour ce retour 🙂
      Nous sommes vraiment heureux de lires que nos aventures plaisent et puissent embarquer nos lecteurs, on a actuellement du retard sur nos articles mais nous préférons prendre le temps de les écrire afin de les raconter plus précisément, on espère que les prochains continueront de te faire voyager avec nous.

      Encore merci & à bientôt !

  4. Oh, c’est tout simplement magnifique ! J’ai très envie de découvrir la Mongolie tout autant que la Chine, je trouve que ce sont des lieux qui ont un charme très particulier. J’adore vos photos.

  5. Incroyable !
    Enfin un endroit qui répond à toutes mes questions concernant la Mongolie !
    Je compte y aller pendant une certaine période afin de rencontrer des tribus nomades ! Mon projet est de réaliser une étude sur la place du cheval dans la vie des nomades Mongol. Pour cela il faut que je parte un certain bout de temps.. problème : j’ai pas ÉNORMÉMENT d’argent, des solutions ?

    • Salut Maelle

      Heureux de lire que cette aventure inspire tes futurs projets, concernant ta question sache que nous avons rejoint la Mongolie en train, une alternative peu onéreuse et bien plus enrichissante, garde en mémoire qu’il faudra payer ton visa Mongole ( et russe si tu viens en train ) mais cela est également abordable. La vie en Mongolie est peu onéreuse, il est facile d’y rester 1 mois sans trop dépenser.

  6. Hello 🙂

    Quel magnifique blog, franchement bravo ! Déjà que votre feed instagram est magnifique, je trouve que le blog est vraiment à la hauteur ! Et votre aventure est bien retranscrite… Ca donne envie de s’évader et de voyager ! J’adore !

    Cela fait un an que je me dis que j’aimerais partir également en Mongolie pour rencontrer des tribus nomades. Mais comme vous l’avez souligné dans votre second article (Comment rencontrer les Tsaatans ? Conseils & infos pratiques pour une expérience responsable), aujourd’hui cette aventure devient de plus en plus populaire et il y a des abus. J’aimerais m’y rendre, mais je n’ai à la fois pas envie de « m’imposer » et de risquer de participer à une sur-sollicitation des familles.

    Est-ce que choisir un bon guide est suffisant pour être sûr que les familles ont un partage équitable des revenus quand ils nous accueillent ?

    Merci pour votre réponse et encore bravo pour votre travail !!

    • Hey Flora

      Merci beaucoup d’avoir prit le temps de t’évader dans ce carnet d’aventure, qui est un de nos plus beaux souvenirs de voyage.
      Concernant ta question, elle est très pertinente (ça fait du bien de voir quelqu’un qui se soucis de ce genre de chose) et ce que nous pouvons te dire c’est que lors de notre aventure, notre guide à distribué l’argent sous nos yeux à tous les  » prestataires « . Elle n’avait rien à cacher bien au contraire, elle était contente de nous expliquer comment fonctionnait leur système afin que ces excursions puissent bénéficier à tout le monde.
      Ce n’est que notre retour d’expérience mais on pense qu’il est assez parlant et que beaucoup d’autre guides indépendants fonctionnent de cette façon à l’inverse des grosses agences dont les prix varient de façon parfois … aléatoire.

      Pour une expérience encore plus enrichissante, nous te conseillons d’y aller en tout petit groupe, l’introduction dans leur quotidien se fera de façon bien plus naturelle et bien plus immersive.

      Encore merci pour tes retours. A Bientôt.

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