*BASED ON TRUE STORIES | Geoffrey, Japon.

Chroniques d'une humanité confinée.

En plein confinement,
la série qui se tourne vers les autres.

S’intéresser aux autres, ce n’est pas seulement mettre en valeur « des étrangers » : c’est s’écouter, peu importe notre nationalité. Aujourd’hui nous vous partageons le témoignage de Geoffrey, un français de 28 ans : il parcourt le monde depuis 4 ans en solitaire. Son visa a pris fin en pleine crise du coronavirus, alors qu’il vivait depuis plus d’un an dans un pays aux codes bien différents du nôtre : le Japon.

Avec sagesse et un certain recul sur la vie elle-même, Geoffrey nous confie sa façon de voir les choses, ses convictions et ses initiatives face à cette crise mondiale et à sa situation personnelle particulière. Il nous emmène au plus près de la #réalité d’un Japon qui, sous à la pression de l’organisation des Jeux Olympiques, a eu du mal à avouer la vérité de sa situation.

Geoffrey est de ces personnes modestes, empreintes de simplicité et de positivisme, intéressées et intéressantes, qui sont capables de vous en apprendre bien plus que ce qu’elles ne l’admettront jamais… Sous peine que vous preniez le temps de les écouter. Nous parlions de s’enrichir les uns des autres avec cette série de témoignages autour du monde, ici nous sommes en plein dedans.

Ce que vous trouverez dans cet article :
Le témoignage de Geoffrey, qui nous emmène le temps d’un article dans son pays, le Japon.
→ La façon dont nous l’avons rencontré.
Un résumé du point de vue d’Haruna, notre amie jeune tokyoïte également rencontrée lors de notre voyage.
Les liens vers les autres témoignages de la série « *Based on true stories », lorsque chaque jour ou presque ceux-ci paraîtront :
> Pavel, Russie | Asanka, Sri Lanka | Tseegii & Zaya, Mongolie | Biplav & Dipesh, Népal | Yana & Maxime, Corée du Sud


« L’Homme s’est fait une illusion et il le paie de temps à autres.
[…] La nature a toujours ses droits et nous devons nous y adapter pour vivre. »

Là où
tout a commencé.

Geoffrey nous avait contactés sur Instagram alors que notre aventure de 3 mois au Vietnam prenait fin. Nous nous dirigions vers le Japon, ce qui équivalait alors à un saut dans un autre monde après avoir passé 6 mois en Asie du sud-est.

« Salut, j’ai vu que vous alliez au Japon. Je vis ici depuis 8 mois, si vous avez besoin, n’hésitez pas ! Au plaisir de vous rencontrer. » C’était le début de ces moments partagés. Une fois arrivés au Japon, on a sauté dans notre van et on est partis droit vers là où il habitait, bien trop contents de pouvoir appréhender ce pays si particulier en rencontrant quelqu’un qui y vivait. Quelques jours de route et nous rencontrerions Geoffrey : « Je vous envoie toutes mes ondes positives pour ce trajet :). Pas de typhon prévu prochainement ! Have a safe trip ! »

Nous serons toujours reconnaissants envers Geoffrey pour la bienveillance dont il a fait preuve à notre égard, pour ce repas que nous avions partagé avec lui lors de nos premiers jours au Japon et durant lequel il nous a appris tant de choses sur le pays. Pour toutes les fois où il nous a aidés pendant notre aventure, pour cette journée passée dans la maison de campagne de Sato-San, ce Japonais si attachant qui nous avait appris à cuisiner les mochis comme personne ; pour cette douche qu’il nous a offerte chez lui alors que nous vivions non-stop dans notre van ; pour cette longue discussion, assis sur son canapé, à parler de la vie en général et de sa propre aventure (ses différentes aventures en solitaire autour du monde depuis 4 ans).

Vous êtes bien installés ?
On vous laisse maintenant avec Geoffrey.

→ En tant que français sur le territoire japonais ta situation est un peu particulière, est-ce que tu peux nous en parler ? Comment cela se passe pour toi, avec cette pandémie ?

« Mon visa se terminait le 16 avril. Je devais quitter le Japon début mars. Au vu de la situation (la crise sanitaire éclatait alors en Europe), j’ai annulé ce départ jugeant que limiter mes déplacements était la meilleure solution. Une fois que cette décision a été prise, j’ai emménagé dans la maison de ma copine (qui est japonaise) avec ses parents. Bien-sûr, je m’inquiétais pour mon visa puisque celui-ci allait expirer. J’avais une crainte d’être bloqué. Je savais qu’Air France proposait deux vols par semaine pour le rapatriement, mais après de longues réflexions… J’ai décidé de rester. Je me sens plus en sécurité ici qu’en France, sachant que ma famille habite dans la région grand-est, la région la plus touchée. En plus, j’ai appris que certains de mes proches avaient le virus… Il était inconscient de rentrer, même si au Japon nous ne sommes pas confinés.

J’ai donc été à l’immigration et exceptionnellement, suite à la crise sanitaire, il m’a été possible de prolonger mon visa d’1 mois. L’attente fût longue : plus de 3 heures pour remplir un document de 2minutes et payer 4000¥ (34€). »

→ Parles-nous un peu de la situation au Japon : quelle est-elle aujourd’hui ? Comment est-elle gérée ?

« Le Japon a été l’un des premiers pays touchés par le virus. Notamment à Hokkaido (où j’ai vécu longtemps), puisque c’était là-bas la haute saison touristique en janvier. Mais bizarrement, pendant une certaine période, les chiffres n’étaient pas très en hausse. La discipline des japonais est renommée, mais rappelons quand même (à Tokyo notamment) que les gens vivent les uns sur les autres ! Puis il y a eu le moment où le gouvernement a officiellement annulé les Jeux Olympiques (24 mars) : depuis, la hausse du nombre d’infectés est en très haute augmentation et la vérité se dévoile au fur et à mesure des jours.

Avant l’annonce, les personnes malades se rendant à l’hôpital faisaient face à des médecins leur disant qu’ils avaient juste la grippe et de rester à la maison. Jusqu’à cette dernière semaine de Mars, la vie était plus ou moins similaire à d’habitude, hormis que toutes les écoles étaient fermées depuis plus d’un mois déjà. Beaucoup étaient en télétravail et les sites touristiques avaient fermé depuis quelques temps également. Mais cela n’a pas empêché les Japonais de célébrer la floraison des cerisiers (“Sakura”). Il n’y avait pas de confinement, puisque qu’au Japon il existe une loi qui interdit de confiner les citoyens.

Ce n’est qu’une semaine après cette annonce concernant les JO que le 7 avril, Abe, le premier ministre, a donné l’état d’urgence dans 6 préfectures du Japon, dont Tokyo. Les loisirs ont été interdits, les hôtels, restaurants, ont fermé les uns après les autres, le nombre de trains a été réduit. Nous ne devons sortir qu’en cas de nécessité, mais il n’y a aucune “punition” pour ceux qui ne respectent pas cette recommandation, justement à cause de cette loi japonaise qui interdit le confinement. Le gouvernement espère donc que la population respecte d’elle même

Et c’est le cas. De nombreuses personnes, entreprises, restaurants, etc..  Ont pris l’initiative de fermer et de rester confinés même avant cette annonce. Cependant, la plupart doit toujours aller travailler et les plus jeunes ont tendance à ne pas trop respecter les recommandations. Les magasins vendent des masques chaque matin à condition de venir très tôt. Je crois qu’ils parlent même de livrer deux masques chez l’habitant (je ne suis pas sûr). Il y a environ trois semaines, un Japonais a tenté de répandre le virus aux Tokyoïtes en toussant et en éternuant partout. Il s’est fait arrêté depuis.

Puis, finalement, il y a quelques jours, le premier ministre s’est exprimé : il s’est officiellement excusé d’avoir pris des décisions tardives, notamment à cause des Jeux Olympiques. Le pays entier est désormais en état d’alerte jusqu’au 6 mai, à voir comment cela se poursuit. La situation s’améliore en Europe mais s’empire au Japon, même si je pense qu’elle durera moins longtemps ici suite à la discipline des Japonais. Ils ont triplé les productions de masques et vont en donner une partie à la France. Pour les aides, il y a système d’allocations et tous les habitants auront 950€ par le gouvernement. Les Japonais doivent remplir un document sur le site internet puis l’argent sera livré par la poste en cash. »

→ Et maintenant, quel est ton quotidien ?

« Pour ma part, qui ai l’habitude d’aller dehors tous les jours, c’est difficile de rester positif. Mais comme je suis quelqu’un de très patient j’ai très vite établi un plan de ce que je pouvais faire enfermé, alors que je me sortais jusqu’à maintenant des excuses pour ne pas le faire !

Déjà, puisque je partage mon quotidien avec les parents de ma copine (ce qui est une nouvelle expérience) je passe deux heures par jours à endurcir mon Japonais. On fait beaucoup de nettoyage à la maison, j’apprends à cuisiner japonais et je cuisine de temps en temps français avec le peu d’ingrédients que j’arrive à trouver. Je commence également le piano, nous jouons à des jeux de cartes, aux jeux de société, je fais une petite séance d’étirements avant de dormir, de la lecture de temps à autres et je regarde des documentaires sur la nature, le voyage… Et la spiritualité, pour rester positif. L’objectif est d’être le plus actif possible. 

En ce qui concerne mon visa, je vais essayer de le prolonger de deux autres mois. On ne sait pas quand est-ce qu’on pourra aller en Europe avec ma copine bien-sûr, mais dans tous les cas pour moi ce sera courant juin, début juillet maximum.

Je reste toujours positif et j’accepte la réalité, c’est ce qui me rend plus fort et vivant. »

→ Comment envisages-tu la suite ? As-tu peur pour le futur ?

« Difficile de répondre à cette question. Beaucoup ne comprendront pas mon point de vue, mais je vois beaucoup de points positifs à cette pandémie, en ce qui concerne la nature, les animaux, la cohésion des citoyens… Et pour certaines raisons, j’ai envie de dire “ENFIN” : enfin quelque chose qui touche à la fois les pauvres et les riches, où toute la population mondiale est concernée, où la solidarité doit naître. Je ne parle pas entre différents pays, car malheureusement le racisme va être en hausse pour quelques temps, mais je pense que l’Homme n’agit et ne change ses habitudes que lorsqu’il se retrouve concerné par une telle situation. Certains diminueront leur consommation de viande, mangeront plus local… D’autres feront plus attention à l’hygiène et porteront un masque même lorsqu’ils seront moins malades (ce qui pourrait entraîner moins de décès par la grippe, par exemple). Les gens vont ouvrir les yeux sur la vie et prendre conscience que tout peut s’arrêter d’un moment à un autre. Ils vont apprécier ce qu’est de marcher librement à l’extérieur, voudront réaliser leur rêves et essayer d’être le plus heureux possible

Oui, je vois beaucoup de belles choses en ce qui concerne la nature, les animaux et la cohésion des citoyens. Donc ce virus ne me fait pas peur. Et même si j’étais touché et que je devais y passer : cela fait partie de la loi de la nature qui est présente depuis la création de la terre. Et puis qui sait, il peut être intéressant de voir ce qu’il se passe à l’autre bout du tunnel aussi !

Je pense que l’Homme s’est fait une illusion au sujet de sa situation vis-à-vis de la nature. Et il la paie de temps à autres. Certains croient le contraire, d’autres l’oublient à cause de la curiosité ou du pouvoir, mais la nature a toujours ses droits et nous devons nous y adapter pour vivre ! »

Un bonus ?

Lors de notre séjour au Japon, nous avions également pu partager le quotidien d’Haruna, cette jeune tokyoïte web-designer qui rêve d’aventures dans d’autres pays. Elle nous a appris à oublier nos spatules pour cuisiner avec des baguettes. Elle trouvait le mot « pain-perduuuuu » sexy et on lui avait appris à faire « des crwêpes« . Elle confirme l’ensemble des propos de Geoffrey vis-à-vis de son pays et nous parle elle aussi de cette situation particulière, où le gouvernement n’a pas le droit d’instaurer un confinement et où la jeunesse japonaise rompt un peu avec les traditions et à tendance… à ne pas trop respecter les règles.

Voici le témoignage d’Haruna :

« Le Japon a annoncé l’état d’urgence récemment et a déclaré qu’ils allaient débloquer 108 trillion de yens (922 millions d’euros) pour les plus touchés par le coronavirus. Mais le Japon ne peut pas confiner la population, il y a une loi qui l’interdit. Le gouvernement en appelle simplement au “self-control” de la population. A cause de ça, pas mal de gens continuent de sortir, surtout les plus jeunes, malgré la situation. Cependant, les structures sanitaires sont prêtes et fonctionnent bien donc heureusement le nombre de morts reste, en comparaison, assez bas par rapport aux autres pays. Sinon il n’y a pas de règles spécifiques (les japonais ont tendance à plus porter de masque en temps normal qu’en Europe) à part respecter des distances sociales, être à la maison… La plupart des commerces sont fermés mais beaucoup de personnes doivent sortir pour leur travail, c’est important pour eux. Je sors de temps en temps pour quelques achats ou le travail. Je planifiais un tour du monde mais je suppose que je peux tout annuler… De toute façon, une partie de mes contrats tombe à l’eau donc maintenant ma principale occupation va être de voir de quelle façon je vais palier à ce manque d’argent. »


Ecouter, apprendre, partager, relativiser.
S’évader.

Ces témoignages appartiennent à Geoffrey & Haruna et à eux seul, ils ne sauraient être jugés. Pour chaque personne dans le monde et pour chaque pays la situation est différente. Il ne s’agit pas ici d’imposer des idées mais de partager des opinions, des réalités et des façons de penser.

Dans une période où nous nous retrouvons tous face à nous-même cette série est faite pour s’ouvrir aux autres : écouter, apprendre, partager, relativiser… et s’ouvrir l’esprit. Finalement, faire ce dont le voyage nous offre l’opportunité : s’évader tout en s’enrichissant les uns des autres.


Et la suite ?

La suite se passe au Népal, en Chine, en Corée du Sud, au Sri Lanka, en Mongolie, au Vietnam, en Russie. Chaque jour ou presque, un nouveau témoignage paraîtra ici, sur « *Based on true stories« .

En attendant demain, vous pouvez vous évader avec les autres histoires que nous avons à vous raconter.

N’hésitez pas à nous partager vos ressentis, votre propre situation, vos pensées, vos questions en commentaire de cet article. Nous répondons toujours, et nous pouvons même poser vos questions à Geoffrey et Haruna.

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