*BASED ON TRUE STORIES |
Pavel, Russie.

Chroniques d'une humanité confinée.

En plein confinement,
la série qui se tourne vers les autres.

Pavel a 29 ans, il habite un petit appartement de la fascinante Москва, capitale de la Russie. Il y vit seul depuis des années, loin de sa famille qui habite Novossibirsk, sa ville natale (Новосибирск).

Pavel est l’homme qui nous a appris à aimer la froideur et l’austérité apparente de la Russie. Il fait partie de ces gens intelligents, généreux et sensibles, dotés d’une étonnante ouverture d’esprit. Ce genre de personne qui aime apprendre des autres sans être conscient que lui-même leur en apprend beaucoup. Le genre que vous êtes heureux d’avoir croisé une fois dans votre vie. Il a accepté de participer à cette série de témoignages, petite chronique quotidienne d’une humanité confinée.

Ce que vous trouverez dans cet article :
Le témoignage de Pavel, qui nous emmène le temps d’un article dans son pays, la Russie.
La façon dont nous l’avons rencontré.
Les liens vers les autres témoignages de la série « *Based on true stories », lorsque chaque jour ceux-ci paraîtront :
> Asanka, Sri Lanka | Tseegii & Zaya, Mongolie | Geoffrey, Japon | Biplav & Dipesh, Népal | Yana & Maxime, Corée du Sud


« C’est dans ce genre de moments
que nous prenons davantage conscience
de la réelle valeur de la liberté. »

Là où
tout a commencé.

Nous avions rencontré Pavel dès les 1ers jours de notre vie nomade, au cœur d’une Moscou effervescente et baignée par le soleil. Pavel avait ouvert la porte de son appartement aux deux inconnus que nous étions alors et nous avait gonflé un matelas dans sa petite chambre, collé à son lit. On se souvient de cette configuration exiguë, avec nos deux sac-à-dos posés au sol qui lui laissaient tout juste la place de faufiler un pied pour pouvoir se glisser jusqu’à son lit. Le lendemain, alors qu’ils ne nous connaissait pas, un petit déjeuner traditionnel russe mitonnait dans la cuisine, le couvert était mis sur la table et pendant que nous observions le tout en se demandant où il était passé, il a débarqué de l’extérieur, deux grands gobelets fumants à la main : « Priviet*, je suis désolé, je ne savais pas ce que vous aimiez. J’ai pris un latte et un grand café noir ».

C’étaient les premiers jours de notre voyage, c’était le début de notre amitié. Ce mois de mai, c’est lui qui aurait du venir dormir chez nous. On lui avait promis de lui faire découvrir les Pyrénées, de le gaver de fromage, de lui présenter notre famille et nos amis. Mais la pandémie du Covid-19 a éclaté. Son vol a été annulé. Et il est désormais confiné à Moscou.

* « Priviet » veut dire « bonjour » en russe. Roulez bien le « r » vous verrez : vous vous fondrez parfaitement dans la masse.

Témoignage de Pavel sur la crise du Covid-19 en Russie

Vous êtes bien installés ?
On vous laisse maintenant avec Pavel.

Quelle est la situation de la Russie face à cette pandémie ?

« En Russie, la situation est un peu plus préoccupante chaque jour. S’il y a quelques semaines le nombre de nouveaux cas n’était que de 20 ou 40, on dénombre désormais de 400 à 500 nouveaux cas par jour. La taille du pays et la distance entre les grandes villes* joue en notre faveur car elles ralentissent le virus. Mais d’un autre côté, elles jouent aussi contre nous : les gens dans les campagnes ne prennent pas le virus au sérieux, exactement comme nous l’avons fait à Moscou au début de l’épidémie. »

Désormais, le pays a fermé ses frontières et l’aéroport de Sheremetyevo (Moscou) est devenue le seule moyen d’accéder au pays. Des mesures sont prises progressivement, mais selon beaucoup elles sont prises avec deux semaines de retard. Un de mes amis bosse dans les quartiers généraux opérationnels de Novosibirsk, ma ville de naissance. Je sais qu’ils travaillent non-stop pour identifier chaque personne à risque, que le Service d’Investigation Epidémiologique (Epidemiological Investigation System) fonctionne bien et qu’il y a aussi beaucoup de travail effectué du côté de l’administration publique… Mais toutes les décisions sont retardées à cause de la bureaucratie et des conditions politiques de notre pays. »

* La Russie, avec 17 098 242 km² et une densité de 8 habitant / km², est le plus grand pays du monde mais fait aussi partie des moins densément peuplés. La majeure partie de la population est concentrée dans la partie européenne du pays.

As-tu comme en France des consignes à respecter ? Des précautions ont-elles été mises en place ?

« Oui. La première semaine, nous avions seulement des recommandations générales pour nous protéger nous-mêmes. Ensuite, un confinement a été décidé, d’abord pour une semaine et maintenant pour la totalité du mois d’Avril. Cependant, le pays n’est pas en état d’urgence de niveau orange ou rouge mais pour l’instant en “régime d’alerte générale”.

Chaque habitant de Moscou s’est vu recommander de ne quitter son logement qu’en cas d’extrême nécessité : les courses doivent se faire dans le commerce le plus proche, pareil pour la pharmacie. On peut sortir pour vider les poubelles ou promener son chien, aller à l’hôpital, aller au travail. On doit garder une distance de 1.5 / 2m avec les autres. Si jamais nous avons des symptômes, nous devons rester chez nous et appeler le service médical de notre secteur pour avoir une télé-consultation. C’est quelque chose de gratuit car pris en charge par l’assurance médicale dont chaque citoyen russe bénéficie gratuitement. »

Mesures prises par les forces de l'ordre russe lors de la fête annuelle de la ville de Moscou

Peux-tu nous parler des impacts que le Covid-19 a sur ta vie personnelle ?

« Ma vie a définitivement changé. Avant même que le régime ne recommande l’isolement, j’avais commencé le télé-travail depuis une semaine. Désormais, je passe 99% de mon temps chez moi. La seule exception est lorsque j’ai besoin de faire des courses et c’est pareil pour la plupart de mes amis. J’essaie donc de conjuguer travail et moments personnels dans le petit espace de mon appartement (se construire un emploi du temps et se faire des listes chaque jour aide à ça). Je me suis aussi mis à cuisiner plus souvent pour pouvoir rester manger chez moi (et en plus, c’est bon pour mon budget!).

Le climat se tend jour après jour, mais je relativise en pensant à mes amis en Italie et en Espagne, qui ont déjà dû endurer ce régime depuis plus d’un mois. Aussi, j’essaie de moins regarder les infos et je fais davantage de sport… Tout ça me permet de réduire la sensation de stress. J’ai aussi remarqué que je prenais plus de temps pour échanger avec ma famille et mes amis qui vivent en Sibérie grâce aux appels visio, et ça c’est génial !

Finalement, je crois que cette période va peut-être donner l’opportunité à chacun de reconsidérer les grandes questions de la vie. C’est dans ce genre de moments que nous prenons davantage conscience de la réelle valeur de la liberté. »

Comment envisages-tu le futur ?

« Cette question me travaille beaucoup. Cette pandémie coïncide avec la crise économique liée aux prix du pétrole (le rouble s’est énormément déprécié) ainsi qu’avec un climat politique instable du fait des récentes réformes constitutionnelles en Russie. Il est évident que nous avons basculé dans une nouvelle ère. Les mesures restrictives, alors que les gens n’auront pas de travail pour un nouveau mois, vont frapper de plein fouet les petits et moyens commerces, les entrepreneurs et les personnes avec peu d’économies. Beaucoup d’entreprises vont foncer vers la banqueroute et le chômage va augmenter. L’inflation va rendre les gens plus pauvres, et je ne fais même pas état des prochains éventuels scénarios pandémiques.

Je pense que ça va bien nous prendre plusieurs années pour nous rétablir de cette tragédie mondiale. Mais en même temps, je pense que cette épidémie va être capable de générer de nouvelles formes d’interactions, de nouvelles façons de travailler et de survivre à l’ère de la communication digitale. »

As-tu peur ?

« Oui, j’ai peur. J’ai d’abord peur pour mes parents, qui font partie des personnes à risques. J’ai peur de lire les statistiques tous les jours, j’ai peur de regarder dans les yeux mes amis, au coeur des autres épicentres mondiaux, lorsqu’ils me disent à quel point leurs proches sont malades, lorsqu’ils me disent qu’ils travaillent dans les hôpitaux sans aucun jour de congés et qu’ils voient tant de morts qui auraient pu être évitées. J’ai peur dans la queue des supermarchés quand j’entends un homme convaincre tous les autres que c’est juste le Gouvernement qui veut intimider les gens et qu’il n’y a pas d’épidémie.

Mais je n’ai pas peur de vivre, ici et maintenant. Parce que cette réalité nous n’avons pas d’autre choix que de faire avec. Par contre, nous avons le choix de la façon dont nous allons faire avec. Notre futur dépend seulement de nous. Chaque jour, l’idée que lorsque ce sera terminé je pourrais revoir mes parents et mes amis dans d’autres villes, d’autres pays, m’aide à tenir. L’idée qu’un jour je me réveillerai dans ma tente, au milieu de nulle part, et que je prendrai une bouffée d’air frais à pleins poumons. »

Balade moscovite au coeur de Moscou, capitale de la Russie
bivouac sur une île de Sibérie

Pour finir, Pavel a souhaité ajouter un mot à son témoignage :

« PS : Oui, selon les statistiques ce virus est moins dangereux que les autres. Oui, peut-être que 70 à 80% de la population finira par être contaminée, comme certains chercheurs le disent. Mais tant que ce virus n’a pas pu être pleinement étudié, nous devons ralentir sa propagation. Comment ? Juste en réduisant le nombre de contacts sociaux. Réduire le nombre de contacts sociaux, c’est contenir le nombre de cas graves. Contenir le nombre de cas graves, c’est donner un peu de force aux docteurs et épidémiologistes sur qui on compte pour vaincre ce virus, mais c’est plus encore : c’est leur donner du temps.

Alors même si vous avez l’impression d’être en bonne santé : restez chez vous. La rapidité à laquelle nous retrouverons nos vies normales dépend des actions de chacun de nous. Prenons soin de nous-même, de nos familles et de nos proches, tout autant que des personnes qui prennent soin de nous et ont besoin de notre aide. »


Ecouter, apprendre, partager, relativiser.
S’évader.

Ce témoignage appartient à Pavel et à lui seul, il ne saurait être jugé. Pour chaque personne dans le monde et pour chaque pays la situation est différente. Il ne s’agit pas ici d’imposer des idées mais de partager des opinions, des réalités et des façons de penser.

Dans une période où nous nous retrouvons tous face à nous-même cette série est faite pour s’ouvrir aux autres : écouter, apprendre, partager, relativiser… et s’ouvrir l’esprit. Finalement, faire ce dont le voyage nous offre l’opportunité : s’évader tout en s’enrichissant les uns des autres.


Et la suite ?

La suite se passe au Népal, en Chine, en Corée du Sud, au Japon, en Mongolie, au Vietnam, au Sri Lanka. Cette article est le premier de la série et désormais chaque jour où presque un nouveau témoignage paraîtra ici, sur « *Based on true stories« .

En attendant demain, vous pouvez vous évader avec les autres histoires que nous avons à vous raconter.

N’hésitez pas à nous partager vos ressentis, votre propre situation, vos pensées, vos questions en commentaire de cet article. Nous répondons toujours, et nous pouvons même poser vos questions à Pavel.

10 COMMENTS

  1. Bon, commençons par le début, j’espère que je suis bien la première à commenter (mode fan fan fan activé, je veux mon saucisson!) (en fait, j’étais le voyageur invisible de votre voyage)

    Alors, déjà, nice to meet you Pavel! Thanks to share a bit of your daily life while lockdown. Spaciba!
    Ca s’arrête là pour mon russe.
    Votre idée de ces 10 portraits en juste fabuleuse ! Souvent, quand je vis un merveilleux moment, je déteste y revenir car une part de magie s’est évaporée. J’ai trouvé ça magique de vous suivre, et encore plus à chaque fois quand vous avez échangé sur des portraits. J’ai souvent été émue, j’ai toujours eu des frissons !
    Mais dans le contexte actuel … j’ai souvent pensé, je ne sais pas pourquoi, à votre voyage (comme si je l’avais fait – ok, super bizarre d’écrire ça)..
    Alors, quelle bonne idée ce « que sont-il devenus » pendant une période aussi bizarre que celle que nous vivons tous où que l’on soit. Je me rends compte que les émotions sont toujours bien là, émotions et frissons, peut-être même encore plus.
    Je m’arrête là, je commenterai les suivants !

    Et pour finir, we wait for you in France Pavel, asap! 😉

    • Sophie, le voyageur invisible haha. Tu as bien été la première mais ton commentaire s’était mis dans les spams, voilà pourquoi on ne le voyait pas, je viens de résoudre le mystère !… 🙁
      Tu as quand même réussi à nous sortir le merci en russe, bravo, ce n’est pas vraiment la langue que beaucoup de monde connaît. C’est peut-être d’ailleurs pour ça que ton commentaire s’est mis dans les spams haha. Merci pour ton retour sur cette série en tout cas, Pavel était le premier épisode et maintenant nous avons plus de 5 autres témoignages, j’espère qu’ils te plairont aussi, et qu’ils t’emmèneront un peu au-delà des frontières pendant ce confinement. C’est toujours un plaisir de connaître le ressenti de ceux qui lisent nos contenus, surtout lorsque c’est aussi positif que toi !
      Merci encore

  2. Coucou à tous
    Merci pour ce partage, pour ces ponts créés entre nous même au bout du monde 😉
    Pavel, merci pour ta sincérité et ton témoignage

    • Hey Céline,
      Avec plaisir de partager ce genre de témoignage dans la situation actuelle, on lui transmet ces petits mots.
      Bon courage à toi.

  3. Bonjour entre2poles😀
    Après vous avoir suivi depuis le début, 1er contact au hasard sur Instagram car nous avions le projet comme vous de prendre le transsibérien jusqu’en Chine, et très vite addict à vos stories, à vos belles images et à vos volets sportifs. Et aujourd’hui encore, ce qui est certainement l’une des qualités qui nous a accrochée, votre humanité. Le contact privilégié que vous réussissez à établir là où vous passez. Le témoignage de Pavel (et des autres) en est la preuve. Cette page « base on true stories » est une excellente façon de passer le confinement dans un site de voyage, et au-delà du confinement c’est passionnant d’avoir une suite sur les rencontres que vous avez faites. Passionnant aussi d’avoir le témoignage d’autres pays dans cette situation et encore plus intéressant quand « nous » avons eu aussi la chance d’y rencontrer ses habitants. Alors un grand merci de nous apporter cette petite fenêtre sur le monde. Sandrine et Luc de NCA noscapsaventures.

    • Hey Sandrine & Luc.
      Vous ne savez pas à quel point ces mots nous font plaisir, encore plus de personnes qui étaient là quand l’aventure commençait entre2rails 🙂
      Voyages et rencontres sont pour nous indissociables, aujourd’hui quand on repense à ce 1er long voyage nous avons la chance de pouvoir mettre un visage sur chaque pays traversés et d’avoir des amis qui nous racontent leur quotidien, leurs bonnes nouvelles, leurs emmerdes… et nous invite à revenir chez eux.
      Merci pour votre retour sur cette petite chronique, c’est la première fois qu’on partage ce type de contenu, qui fait sûrement moins rêver mais qui se rapproche bien plus de réalité.
      On espère que tout va bien de votre côté pendant cette période, prenez soin de vous.

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