*BASED ON TRUE STORIES |
Tseegii et Zaya, Mongolie.

En plein confinement,
la série qui se tourne vers les autres.

Tseegii et Zaya ont 27 et 33 ans, elles sont mongoles. Tseegii vit avec son mari dans un appartement au cœur de la grouillante Oulan-Bator, capitale du pays. Elle est amoureuse de la langue française et c’est la seule mongole qui nous a surpris en s’appliquant à dire « Bon nouit, mer-ci. Dor-mez bien ». Il y a deux mois, elle nous a envoyé une photo assez insolite sur WhatsApp : deux nouveaux-nés en tenue traditionnelle mongole ! C’est comme ça que nous l’avons appris : Tseegii venait d’être mère de deux jumelles.

Zaya elle vit à 700km de là, dans une petite ville qui n’a rien à voir avec la capitale. Cette petite femme pétillante s’est débrouillée à devenir guide touristique indépendante il y a maintenant plusieurs années. Zaya est passionnée et passionnante. Elle adore son métier, même s’il induit qu’elle doit souvent abandonner ses trois filles à la garderie ou à son mari.

Dans ce pays à la plus faible densité d’habitants au monde, voisin du foyer de l’épidémie et où près de la moitié de la population (soit 1,5 millions de personnes) est regroupée dans la capitale, Tseegii et Zaya nous parlent d’une situation qu’elles endurent depuis bien plus longtemps que la France et abordent un thème dont les témoignages n’avait jamais traité jusqu’alors : suite à la pandémie, les impacts de la radicale diminution du tourisme sur la Mongolie.

Ce que vous trouverez dans cet article :
Les témoignages de Tseegii et Zaya, qui nous emmènent le temps d’un article dans leur pays, la Mongolie.
→ La façon dont nous les rencontrées.

Les liens vers les autres témoignages de la série « *Based on true stories », lorsque chaque jour ceux-ci paraîtront :
> Pavel, Russie | Asanka, Sri Lanka | Geoffrey, Japon | Biplav & Dipesh, Népal | Yana & Maxime, Corée du Sud


« […] Alors je me dis que c’est au moins ça :
en stoppant le tourisme, la pandémie offre enfin un répit à la nature et à la Mongolie. »

Là où
tout a commencé.

Tseegii a été la première personne que nous avons rencontrée en Mongolie. Pour se familiariser avec une culture, nous aimons débuter chaque aventure dans un nouveau pays en rencontrant ses habitants : notre vœu avait été comblé avec, Tseegii qui elle était très enthousiaste à l’idée de rencontrer deux français. Elle nous a ouvert les portes de son appartement et laissé la chambre d’amis, nous avons passé plusieurs jours chez elle. Nous avions eu de longues discussions sur son pays et lui avions aussi parlé du notre. Elle nous a fait goûter, dès le premier soir, après 12 heures de bus et avoir traversé la capitale sous la neige de nuit pour la rejoindre, la vodka préférée de son père. Nous, le dernier soir, nous lui avions fait la surprise d’une spécialité du pays, tout droit sortie de nos sac-à-dos et précieusement conservée jusque-là : c’est comme ça qu’un saucisson s’est retrouvé sur la table d’une cuisine en Mongolie dont la nappe n’était autre que la carte du pays.

Zaya, elle, a marqué notre dernière semaine dans le pays. On se souviendra toujours du jour où on a vu cette petite femme à la bouille d’enfant sauter d’un Uaz pour venir à notre rencontre. C’était lors du premier jour de l’expédition qu’elle nous avait aidé à préparer pour partir à la rencontre d’une des dernières minorités ethniques de Mongolie. C’était lorsque nous ne savions pas encore à quel point Zaya était une guide qui attachait une réelle importance à la préservation de son pays. Mais si vous voulez vraiment connaître Zaya, le mieux est encore de vous perdre dans le récit de cette inoubliable aventure.

Vous êtes bien installés ?
On vous laisse maintenant avec Tseegii et Zaya.

Peux-tu nous parler de la situation en Mongolie ? La pandémie a-t-elle beaucoup d’impacts sur ta vie personnelle ?

Tseegii : « En Mongolie nous avons pour l’instant 16 cas confirmés, pas de morts*. Cette pandémie a totalement changé notre vie. Elle affecte notre quotidien, nos habitudes et amène tout le monde à faire face à de nouveaux challenges, notre gouvernement y compris. Mais ces challenges ne sont pas les mêmes pour tout le monde, ils sont encore plus grands dans les petites villes et la campagne. À Oulan-Bator, il est plus facile de respecter les règles d’hygiène énoncées par le gouvernement. Mais pour ma famille qui habite près des frontières dans une petite ville par exemple, c’est synonyme de beaucoup plus d’efforts et de changements d’habitudes.

Mon mari, mes deux petites filles et moi, portons désormais constamment des masques. Nous nous lavons les mains sans cesse. On nettoie tout, partout. Nous n’avons plus que des communications à distance avec les autres, nous restons à la maison le plus possible. De toute façon, nous nous disons que se laver les mains et porter des masques nous préviendra non seulement du coronavirus mais aussi de toutes les autres maladies respiratoires : on se dit qu’on se protège de plein d’autres choses en même temps. J’ai deux petites filles qui viennent de naître, autant mettre toutes les chances de notre côté… Cette pandémie est l’occasion d’opérer des petits changements dans nos vies qui feront peut-être une grande différence, maintenant et plus tard. C’est le moment d’apprendre et de se tourner vers de nouvelles choses. »

*Ces propos ont été recueillis le 10 avril. A la date où sont écrites ces lignes, 18 avril 2020, les chiffres du Centre National du Contrôle et de la Prévention des maladies en Mongolie font état de 31 cas dont 5 guéris. Pas de décès. [IKON.MN, Б. МАНЛАЙ, 16 April 2020].

Zaya : « Notre quotidien a effectivement totalement changé, depuis de longs mois déjà. Ça fait déjà 4 mois que toutes les écoles sont fermées et que nous nous occupons des enfants afin qu’ils étudient depuis la maison. Pour ça il y a quelques leçons qui sont diffusées à la télévision, ça les aide à faire leurs devoirs. De mon côté je ne travaille plus… Mais j’ai l’impression d’être encore plus occupée qu’avant : en temps normal à cause de mon activité de guide, mes enfants restaient à l’école ou à la garderie. Désormais je dois m’occuper de mes trois filles non-stop, cuisiner à chacune 3 repas par jour tous les jours et aussi les aider à faire leurs devoirs. Oui, notre quotidien a totalement changé… et nous en avons encore jusqu’à fin avril, peut-être même plus tard. »

Quel type de mesures ont été prises ?

Tseegii : « En plus de porter des masques et se laver les mains très régulièrement, le gouvernement a décidé du confinement de la population et a également interdit la consommation d’alcool*. Beaucoup de professions sont à l’arrêt si non nécessaires, et en plus de la fermeture des universités & des écoles, nous n’avons pas le droit de sortir avec les enfants. Les supermarchés on arrêté de vendre de l’alcool et toutes les frontières sont fermées. »

*En Mongolie l’alcoolisme est selon l’Etat Mongol lui-même un « fléau national » : c’est le pays le plus touché au monde par l’alcoolisme. Selon le Mongolia’s Ministry of Health et l’Organisation Mondiale de la Santé, 28% des hommes souffriraient d’alcoolisme et 5% des femmes. Ce sont des taux trois fois supérieurs aux pays d’Europe. Médecins du Monde estime la mortalité liée à la consommation abusive d’alcool à 27%.

Zaya : « Nous n’avons plus le droit de nous déplacer. Ils nous obligent à rester chez nous. En Mongolie, les décisions ont été prises très vite, dès le mois de janvier : après avoir imposé des quarantaines très strictes à tous les étrangers, le pays a rapidement fermé les frontières. Même pour nous les conditions étaient strictes : tous les citoyens mongols revenant de l’international étaient obligés de rester 15 jours à l’isolement avant de pouvoir rentrer chez eux*. Je pense que ce sont toutes ces décisions qui nous ont aidés jusqu’à maintenant à contenir cette épidémie et font que pour l’instant notre système de santé fonctionne bien, il n’est pas débordé. »

*C’est de cette façon que la majorité des 31 cas ont été identifiés et directement placés en quarantaine.

Comment la population vit-elle cette situation ? Respecte-t-elle les règles ?

Tseegii : « Personnellement, nous y sommes très vigilants. J’ai l’impression que ce virus fait peur a beaucoup de monde en Mongolie sans que pour autant les gens ne prennent très au sérieux certaines mesures simples. Paradoxalement, alors que le gouvernement n’arrête pas de nous demander de porter des masques, la population en porte… Moins qu’avant. Jusqu’à maintenant beaucoup en portaient à cause de la pollution liée aux feux* mais désormais le printemps est là alors les feux ne sont plus nécessaires avec les beaux jours. Les gens ne ressentent plus la nécessité d’en mettre…

A chaque fois dans notre pays, c’est comme si le sortir de l’hiver avait un effet apaisant sur tout le monde. Les gens se sentent plus sereins. Comme si avec les beaux jours cette pandémie allait elle aussi se terminer. Mais serein, ce n’est le moment de l’être. Ce virus est insidieux et peut se cacher partout. Si nous ne sommes pas vigilants, il frappera plus fort. »

*Beaucoup de nomades vivent dans des conditions précaires et énormément ont été obligés de quitter ce mode de vie. Ils ont trouvé un emploi dans la capitale et y ont aménagé définitivement leur yourte. Autour d’Oulan-Bator, la vision est assez étrange : des immenses étendues de yourtes entassées, telles un bidonville. La majorité des ces anciens nomades vivent dans des conditions précaires et brûlent tout ce qu’ils trouvent pour résister à l’hiver. Ces feux de charbon et pneus entre autres combustibles font d’Oulan Bator la deuxième ville la plus polluée au monde en hiver.

Zaya : « Dans les villes, nous respectons beaucoup. Et en ce qui concerne le confinement chez soi nous n’avons de toute façon pas le choix : selon les cas, le gouvernement a même carrément fermé toutes les routes*. »

*Les routes telles que nous les connaissons chez nous sont peu nombreuses en Mongolie. Ce pays trois fois plus vaste que le notre ne compte que 5 grands axes principaux goudronnés. Le reste des voies de circulation, en dehors de certaines villes, sont des pistes plus ou moins tracées dans les steppes.

Lorsque nous demandons à Zaya de quelle façon elle envisage le futur, elle aborde une thématique qui n’avait jamais encore été évoquée au travers des précédents témoignages :

« Le virus a mis à mal beaucoup de commerces et d’entreprises qui ont parfois dû totalement stopper leurs activités. Le secteur du tourisme – mon secteur – est particulièrement touché : nous n’avons plus aucun revenu touristique et nous n’en aurons pas pour toute l’année à venir. C’est difficile et c’est une forte pression, c’est certain, mais je sais être honnête : au fond, je pense que c’est une bonne chose. Ça va offrir une année de répit à l’environnement de notre beau pays.

C’est vrai, chaque année on on voit le nombre de touriste augmenter, de plus en plus. C’est bien économiquement parlant, mais environnementalement ça a beaucoup d’effets négatifs : nos espaces naturels deviennent pollués, nos routes sont bien plus fréquentées et même dans les steppes, on se retrouve parfois avec plein de véhicules… Alors je me dis que c’est au moins ça : en stoppant le tourisme, la pandémie va enfin offrir un répit à la nature et à la Mongolie. »

As-tu peur pour après ?

« Je n’ai pas peur. Parce que pour une fois dans la vie, ça n’a jamais été aussi simple de bien faire : se laver les mains, rester à la maison, porter un masque. Ces règles simples il suffit de les suivre, patiemment. Ensuite tout ira mieux. »


Ecouter, apprendre, partager, relativiser.
S’évader.

Ces témoignages appartiennent à Tseegii&Zaya et à elles seules, ils ne sauraient être jugés. Pour chaque personne dans le monde et pour chaque pays la situation est différente. Il ne s’agit pas ici d’imposer des idées mais de partager des opinions, des réalités et des façons de penser.

Dans une période où nous nous retrouvons tous face à nous-même cette série est faite pour s’ouvrir aux autres : écouter, apprendre, partager, relativiser… et s’ouvrir l’esprit. Finalement, faire ce dont le voyage nous offre l’opportunité : s’évader tout en s’enrichissant les uns des autres.


Et la suite ?

La suite se passe au Népal, en Chine, en Corée du Sud, au Japon, au Sri Lanka, au Vietnam, en Russie. Chaque jour ou presque, un nouveau témoignage paraîtra ici, sur « *Based on true stories« .

En attendant demain, vous pouvez vous évader avec les autres histoires que nous avons à vous raconter.

N’hésitez pas à nous partager vos ressentis, votre propre situation, vos pensées, vos questions en commentaire de cet article. Nous répondons toujours, et nous pouvons même poser vos questions à Zaya & Tseegii.

2 COMMENTS

    • Salut Anne-Laure
      Merci beaucoup pour ton soutien, tout ça n’est que de le début, nous avons encore beaucoup d’idées et de projets en tête !

      Bon courage pendant cette période.

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